CHRONIQUE — Agir aujourd’hui pour l’avenir du climat

Michel Rochon — Communicateur scientifique

CHRONIQUE — Agir aujourd’hui pour l’avenir du climat

Tout le débat entourant l’urgence climatique doit déboucher sur un plan d’action à la fois individuel et collectif, basé sur la science et sur une volonté d’aller plus vite que les deux générations précédentes. Les établissements d’enseignement supérieur ont un rôle à jouer dans cette nouvelle façon d’envisager le présent pour mieux préparer l’avenir.

Le livre Global warming. Are we entering the greenhouse century ? [1] du chercheur Stephen Schneider a été publié en 1989. Dans cet ouvrage, le climatologue américain faisait état des résultats des recherches que ses collègues et lui avaient réalisées depuis 1976, et qui démontraient une augmentation de la température sur la planète causée par l’accumulation des gaz à effet de serre produits par l’activité humaine. Ce véritable livre prophétique de la situation actuelle se terminait ainsi :

Allons-nous entrer dans le siècle du réchauffement climatique ? Je serai clair en vous répondant que nous y sommes déjà depuis un certain temps, mais j’admets qu’il faudrait encore une décennie ou plus de records de chaleur, de feux de forêt, d’incroyables ouragans ou de sécheresse pour convaincre le grand nombre de sceptiques que nous avons parmi nous. Malheureusement, pendant que ce débat d’antagonistes fera rage, les gaz à effet de serre continueront à s’accumuler dans l’atmosphère. Je me demande ce que nous dirons à nos enfants quand ils nous demanderons ce que nous avons fait – ou pas fait – pour créer ce siècle de réchauffement dont ils vont hériter [2].

Trente ans et deux générations plus tard, une jeune fille du nom de Greta Thunberg a joué le rôle de cet enfant qui pose la question de Schneider, avec une angoisse certaine et un désir encore plus grand de passer à l’action.

Je me rappelle mes premiers reportages en environnement à la fin des années 1980. Ils étaient consacrés à des sujets émergents et complexes tels que l’effet de serre et la pollution globale, mais également à des sujets concernant des problématiques plus simples à résoudre comme le recyclage et même le suremballage. Dans ce dernier dossier, à titre d’exemple, les progrès depuis trente ans ont toutefois été quasi inexistants. L’idée de s’attaquer à un projet global aussi multifactoriel et international que celui de changer nos modes de consommation et de transport ainsi que nos sources d’énergie en moins d’une génération relève-t-elle alors de l’insurmontable ?

J’ose croire que la solution tient majoritairement à vous et à vos choix, qu’ils concernent vos sujets de recherche ou votre carrière. Je m’étonne que chaque université de la planète n’ait pas un plan d’urgence pour former les chercheurs de demain à trouver des solutions à la crise climatique. Ne faites pas comme ceux de ma génération qui ont hoché la tête pour signifier qu’ils avaient compris pour ensuite poursuivre leur vie sans rien y changer. Pour faire avancer ce combat, vous devez influencer vos mentors, trouver des idées novatrices et passer rapidement à l’action. Tous les domaines de l’activité humaine doivent contribuer à l’effort.

Il y a une lueur d’espoir à l’horizon. Plusieurs universités à travers le monde ont timidement entamé cette transformation. L’entreprise Times Higher Education [3] a fait un recensement des 100 universités les plus proactives dans le domaine de l’action climatique, selon leur faible utilisation de l’énergie fossile, le fait qu’elles ont ou non un plan d’action climatique et leur travail auprès des gouvernements locaux et nationaux dans leur planification stratégique pour lutter contre les changements climatiques.

Dans leur palmarès 2019 des cinq meilleures universités se trouvent trois universités canadiennes, dont l’Université Laval en quatrième place mondiale. Le palmarès cite les efforts de cet établissement pour réduire son empreinte carbone, comme ceux faits au stade TELUS-Université Laval et dans la rénovation du pavillon Adrien-Pouliot. Ce sont certes des améliorations intéressantes sur le plan du bilan carbone local. Ce qui m’intéresse beaucoup plus, toutefois, ce sont la formation des étudiants ainsi que leur rôle actif et leur contribution dans cette lutte plus globale contre le réchauffement et dans les transformations rapides des mentalités, sur lesquelles ces étudiants pourraient avoir un effet concret et durable. L’Université de Waterloo, en cinquième place de ce palmarès, offre justement cette occasion et cette vision. Un groupe d’étudiants sur le climat – le Climate Students – y travaille activement à réfléchir et à agir concrètement sur les questions climatiques. Ses membres ont démarré des recherches innovantes sur les changements climatiques dans des disciplines aussi variées que le tourisme, le secteur minier et les liens avec les maladies tropicales, dont la malaria.

Le regroupement SDG Accord [4] rassemble quant à lui 252 universités et collèges dans le monde, c’est-à-dire plus de 4,6 millions d’étudiants. Son but est de promouvoir un programme fondé sur trois points : mobiliser les ressources pour augmenter les programmes de recherche et l’expertise sur le climat, viser à devenir carboneutre d’ici 2030 ou 2050 au plus tard et, finalement, augmenter le niveau d’éducation en environnement et en développement durable dans tous les programmes d’études, les campus et même les programmes de sensibilisation communautaires. Parmi les signataires se trouvent de nombreux établissements du Québec, dont les universités Sherbrooke, Laval, Concordia, Bishop’s, de Montréal, l’Université du Québec à Montréal, HEC-Montréal et l’École de technologie supérieure (ÉTS).

Je vous encourage donc à lancer des initiatives dans vos laboratoires et dans vos départements pour prendre les devants sur les programmes gouvernementaux et être de véritables acteurs d’une lutte efficace contre les changements climatiques. Le temps presse, mais la volonté et les outils sont là. Il en va de votre avenir.


Crédit photo : Pierre Tonietto

Références

[1] Schneider, S. H. (1989). Global warming. Are we entering the greenhouse century? Sierra Club Books.

[2] Ibid., p. 285 (traduction libre).

[3] Times Higher Education. (2019, 3 avril). Top universities for climate action.https://www.timeshighereducation.com/student/best-universities/top-universities-climate-action#survey-answer

[4] The SDG Accord. (s. d.). Global climate letter. https://www.sdgaccord.org/climateletter

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