Les journées gagnent en luminosité, les bourgeons éclosent… le printemps arrive au Québec. Avec lui, le nez coule et les yeux piquent. La saison des allergies est bel et bien commencée.
Environ 20 % de la population québécoise souffre de rhinite allergique saisonnière [1], communément appelée « rhume des foins », qui se manifeste par différents symptômes (éternuements, écoulement nasal, congestion, démangeaisons, conjonctivite, etc.). Au Québec, la saison des pollens s’étend de mars à octobre. Trois grandes classes de végétaux produisent du pollen : les arbres (mars à juin), comme le bouleau, les graminées (mai à août), comme le gazon, et les herbacées (août à octobre), comme l’herbe à poux.
En septembre 2025, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a publié une synthèse visant à identifier les facteurs susceptibles d’influencer la concentration des pollens dans l’air et les allergies qui en découlent [2]. Parmi ces facteurs figurent les changements climatiques.
Ainsi, une température extérieure plus élevée est généralement associée à une plus grande concentration de pollens dans l’air. Bien que le moment de la saison et le type de pollen puissent renforcer ou diminuer cette association, une étude longitudinale menée sur 28 ans par William Anderegg et ses collègues de l’Université de l’Utah a révélé qu’une température annuelle médiane plus élevée était liée à une concentration pollinique plus grande [3].
D’autres études indiquent que la quantité de précipitations influence aussi la production de pollens [4]. De ce fait, une légère augmentation des précipitations diminue la concentration de pollens dans l’air. À l’inverse, des précipitations importantes favorisent la croissance des plantes et, de surcroît, la quantité de pollens produite.
Enfin, la concentration de polluants atmosphériques dans l’air est également liée à la concentration des pollens, à leur allergénicité ou à la sévérité des symptômes d’allergies [5]. Si les tendances climatiques se maintiennent, la saison pollinique pourrait donc devenir plus longue, précoce et intense. Par exemple, des études en laboratoire ont montré que le potentiel allergène de l’herbe à poux, qui causerait 50 à 90 % des symptômes d’allergies saisonnières [6], était plus important lorsque la plante se développait à une température plus élevée. De plus, entre 1994 et 2002 à Montréal, la saison de l’herbe à poux s’est allongée de plus de 20 jours [7].
Cette synthèse met de l’avant les liens entre les changements climatiques et la santé publique. Les municipalités et les gouvernements devront s’adapter, par exemple, en choisissant les végétaux à planter pour limiter les effets sur la santé des personnes allergiques. Dans ce contexte, l’Association pulmonaire du Québec collabore notamment avec une centaine de municipalités et le ministère de la Santé et des Services sociaux afin de sensibiliser les communautés et les villes aux répercussions de l’herbe à poux, en encourageant entre autres l’arrachage des plants et la tonte de l’herbe [8]. En attendant, mieux vaut garder des mouchoirs à portée de main !
Références :
[1] Gouvernement du Québec. (2023, 13 juin). Rhinite saisonnière (rhume des foins). https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/rhinite-saisonniere-rhume-des-foins
[2] Lévesque-Vézina, C. (2025). Synthèse des connaissances sur les facteurs de risque environnementaux et individuels liés aux allergies aux pollens (publication no 978-2-555-01979-9). Institut national de santé publique du Québec. https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/3720-facteurs-risque-environnementaux-individuels-alergies-pollens.pdf
[3] Anderegg, W. R. L., Abatzoglou, J. T., Anderegg, L. D. L., Bielory, L., Kinney, P. L. et Ziska, L. (2021). Anthropogenic climate change is worsening North American pollen seasons. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 118(7), e2013284118. https://doi.org/10.1073/pnas.2013284118
[4] Lévesque-Vézina, op. cit.
[5] Ibid
[6] Comtois, P. et Gagnon, L. (1988). Concentration pollinique et fréquence des symptômes de pollinose : une méthode pour déterminer les seuils cliniques. Revue française d’allergologie et d’immunologie clinique, 28(4), 279‑286. https://doi.org/10.1016/S0335-7457(88)80046-7
[7] Demers-Bouffard, D. Les aléas affectés par les changements climatiques : effets sur la santé,
vulnérabilités et mesures d’adaptation (publication no 978-2-550-89126-0). Institut national de santé publique du Québec. https://www.inspq.qc.ca/publications/2771
Breton, M. C., Garneau, M., Fortier, I., Guay, F. et Louis, J. (2006). Relationship between climate, pollen concentrations of Ambrosia and medical consultations for allergic rhinitis in Montreal, 1994-2002. The Science of the Total Environment, 370(1), 39–50. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2006.05.022
[8] Association pulmonaire du Québec. (2020, 30 juillet). Herbe à poux : 100 villes pour faire sans ! https://poumonquebec.ca/herbe-a-poux-100-villes-pour-faire-sans/
Demers I. et Gosselin P. (2020). Pollens, climat et allergies : initiatives menées au Québec. Gouvernement du Canada. https://doi.org/10.24095/hpcdp.39.4.05f



