Le pelletage qui suit les tempêtes de neige québécoises, lorsqu’il est mal exécuté, augmente le risque d’évènements cardiaques indésirables, principalement chez les personnes vivant déjà avec une maladie cardiaque.
Après une tempête de neige, le pelletage constitue un passage obligé pour déblayer les accès au domicile et à la voiture. Chaque année, l’activité est associée à une augmentation du nombre d’infarctus du myocarde (ou crise cardiaque) de l’ordre de 20 % [1], une estimation qui varie en fonction de la quantité de neige tombée et de la durée des précipitations.
D’après une étude récente, le tiers des infarctus du myocarde survenus entre les mois de novembre et d’avril des trois dernières décennies combinées se sont produits dans les jours suivant une tempête de neige [2]. De plus, le risque d’infarctus du myocarde augmente dès que les chutes de neige atteignent ou dépassent cinq centimètres.
Le pelletage est un exercice physique intense qui entraîne une augmentation rapide de la fréquence cardiaque. Chaque individu possède une fréquence cardiaque maximale, c’est-à-dire le nombre de battements le plus élevé que le cœur peut atteindre en une minute, qui peut être estimée à l’aide de la formule suivante : 220 – âge de la personne. Par exemple, la fréquence cardiaque maximale estimée d’une personne de 60 ans est de 160. Lors du pelletage, la fréquence cardiaque peut atteindre des valeurs de 80 % à près de 100 % de la fréquence cardiaque maximale [3], ce qui est considérable.
Le danger associé à l’augmentation de la fréquence cardiaque concerne davantage les personnes vivant avec une maladie cardiaque préexistante. En effet, une activité physique non adaptée et non encadrée par des professionnelles et des professionnels de la santé peut mener à la rupture des plaques athérosclérotiques * situées dans les artères et à un blocage de celles-ci, provoquant l’ischémie myocardique *. Par conséquent, le muscle cardiaque est moins bien alimenté en oxygène, ce qui, sur une durée prolongée, augmente le risque d’infarctus du myocarde.
Comment éviter l’infarctus du myocarde ? Le cœur, comme tous les muscles du corps, devrait être échauffé avant un effort intense. Pelleter de petites quantités de neige, lentement et sans trop forcer, permet d’augmenter progressivement la fréquence cardiaque, comme le fait d’alterner des périodes d’activité et de repos (p. ex. 3 minutes de repos toutes les 10 à 15 minutes de pelletage). Aussi, une incapacité de la personne à parler lors du pelletage indique que l’effort fourni est trop intense et devrait être réduit. Enfin, la connaissance et la surveillance des symptômes liés à des problèmes cardiaques sont essentielles. L’apparition de nausées et de vomissements, d’un essoufflement exagéré ou d’une douleur à la poitrine pouvant s’étendre aux bras nécessite une intervention des services d’urgence pour éviter l’infarctus du myocarde ou en limiter les conséquences.
Au bout du compte, le pelletage peut sembler anodin, mais c’est un défi pour le cœur, surtout pour celui des personnes vivant déjà avec une maladie cardiaque. Prendre des précautions simples réduit le risque d’évènements cardiaqueors du pelletage, comme l’infarctus du myocarde, pouvant mener à des séquelles importantes, voire au décès.
Lexique
Ischémie myocardique : diminution ou arrêt de la circulation sanguine dans les artères coronaires réduisant l’apport en oxygène dans une partie du cœur.
Plaques athérosclérotiques : dépôts de substances graisseuses dans les parois des artères provoquant une diminution du débit sanguin et un blocage partiel ou complet des vaisseaux touchés.
Références :
[1] Auger, N., Potter, B. J., Smargiassi, A., Bilodeau-Bertrand, M., Paris, C. et Kosatsky, T. (2017).
Association between quantity and duration of snowfall and risk of myocardial infarction. Canadian Medical Association Journal,189(6), E235-E242. https://doi.org/10.1503/cmaj.161064
[2] Ibid.
[3] Franklin, B. A., Hogan, P., Bonzheim, K., Bakalyar, D., Terrien, E., Gordon, S. et Timmis, G. C.
(1995). Cardiac demands of heavy snow shoveling. Journal of the Americal Medical Association, 273(11), 880-882. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7869560



