Volume 34 / No 2 / ÉTÉ 2025

Je croyais comprendre. Parce que j’ai déjà été stressée, déjà été anxieuse. Et pourtant…
Essayer de comprendre un problème de santé mentale, c’est souvent se heurter à une réalité trouble, floue, inconfortable. Même quand la souffrance est toute proche, même lorsqu’elle habite une amie, un frère, un conjoint ou une collègue, saisir ce qu’elle implique vraiment reste difficile. En mesurer toute l’ampleur, quasi impossible.
Parler de santé mentale, c’est malaisant. Soutenir un ou une proche vulnérable peut l’être aussi.
Nous voulons bien faire, mais nous sommes parfois maladroites et maladroits. Nous banalisons, nous conseillons à tort, nous évitons le sujet. Nous oublions que comprendre, c’est d’abord écouter, et que la vraie écoute active demande du temps, de l’empathie et de l’humilité. Nous oublions que s’informer adéquatement, en profondeur, exige un effort. Nous oublions aussi parfois d’avoir le cœur ouvert, tourné vers l’autre.
Les troubles de santé mentale – anxiété, dépression, troubles de la personnalité, troubles obsessionnels compulsifs, entre autres – ne se voient pas toujours, mais ils n’en sont pas moins réels. Leur impact est profond, parfois même funeste, et certainement loin d’être marginal.
Au Québec, selon l’Institut national de santé publique, près d’une personne sur cinq vivra un trouble mental au cours de sa vie, les plus fréquents étant les troubles dépressifs et d’anxiété généralisée [1]. Au Canada, c’est une personne sur trois qui sera touchée par un trouble de santé mentale au cours de son existence [2]. Ces chiffres ne sont pas que des statistiques. Ils racontent des réalités trop souvent vécues dans le silence ou l’isolement. Je crois que le temps est venu d’en parler autrement, de s’y intéresser réellement, d’écouter véritablement.
Ce court mot se veut donc un espace pour réfléchir à cette réalité complexe qui bouscule, préoccupe, insécurise ; un espace pour témoigner, réfléchir, et surtout, pour mieux accompagner. Parce qu’aider, c’est aussi s’éduquer. En santé mentale comme pour d’autres enjeux, les mots, lorsqu’ils sont justes, sincères et compatissants, peuvent ouvrir des portes et rendre tangible l’invisible.
J’ai eu envie d’aborder ce thème si délicat, un peu sur la pointe des pieds, grâce à deux textes de ce numéro, intitulés « L’effervescence de la recherche participative en santé à Montréal » et « La face cachée des soins en santé mentale ». Encore une fois, je me sens privilégiée d’être aux premières loges d’études universitaires qui traitent d’enjeux majeurs de notre société et qui tentent de redéfinir notre rapport à l’autre dans une perspective plus sensible et donc plus humaine.
Bonne lecture,
Marie-Paule
Références
[1] Institut national de santé publique du Québec. (2021, janvier). Plan stratégique 2019-2022 : pour une prise de position éclairée en faveur de la prévention (publication no 978-2-550-88415-6). https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2592_plan_strategique_2019_2022.pdf?utm_source=chatgpt.com
[2] Agence de la santé publique du Canada. (2020). La maladie mentale au Canada (publication no 978-0-660-35702-7). https://www.canada.ca/content/dam/phac-aspc/documents/services/publications/diseases-conditions/mental-illness-canada-infographic/maladie-mentale-canada-infographie.pdf
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